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La saison 3 de Twin Peaks, analyses, explications, révélations

8 octobre 2017 | Actualités |

Pour « éclaircir » quelques points obscurs de la saison 3 de Twin Peaks, je m’appuierai sur des courants de pensée, artistique, philosophique, religieux historiquement datés, mais qui ont également la particularité d’être transhistorique. La conception gnostique du monde (que l’on peut situer du 1e au 15e siècle, de l’enseignement de Basilide aux derniers Patarins) et le courant baroque (1550-1750). Mais comme indiqué plus haut, ces courants dépassent leur cadre historique et connaissent de nombreuses résurgences, par exemple Carl G. Jung était gnostique et Stanley Kubrick peut être qualifié de cinéaste baroque. Selon moi, David Lynch est les deux, gnostique et baroque.
Cela précisé, je ne me priverai pas, le cas échéant, à faire appel à des poètes ou penseurs plus récents (Hölderlin, Baudelaire, Julian Jaynes) ou au mythe du Graal ou à la psychanalyse pour éclaircir ces quelques points.

Pourquoi le baroque ?
Parce que les rêves sont très présents dans l’œuvre de David Lynch et Twin Peaks en particulier. Pour la pensée baroque, la vie est un rêve, une scène de théâtre ou un roman. De plus, une des particularités du baroque, est cette capacité à montrer que ce qui est visible, devant nous, apparemment vrai n’est pas ce qu’il paraît être. Dit autrement, le baroque est ce courant spécifique qui dénonce le faux-semblant et nomme ce qui est (et vrai) via l’illusion artistique. Un des exemples les plus célèbres de cette façon de procéder nous vient de Shakespeare, le grand dramaturge baroque sous l’époque élisabéthaine : Hamlet utilise une troupe de théâtre pour mettre en scène l’assassinat de son père et ainsi découvrir qui est le véritable meurtrier. Son oncle, ivre de pouvoir.
Car une autre des particularités du baroque est son rapport au pouvoir. Apparemment à la solde du souverain (rois, princes, papes), notamment lors de la contre-réforme, l’artiste baroque – apparemment servile devant ses commanditaires – se joue de cette position pour dénoncer justement le pouvoir en place.
Autre aspect intéressant : en peinture, l’artiste part non d’une toile vierge, mais noire ou sombre… et, progressivement, par touche de couleur claire, d’apport de « lumière », il fait surgir, il fait « naitre » le sujet. Or, c’est ce qui arrive à Dale Cooper dans cette saison 3. On le découvre, en premier lieu, dans la loge noire en noir et blanc (plutôt dans des nuances de gris). Ce n’est que progressivement qu’il sort de la loge, dans un périple sombre (et carrément obscur au niveau du sens), pour arriver à la lumière. Et encore… ce n’est pas comme Dale Cooper, mais Dougie Jones ! Il faudra un gros coup de lumière, de jus, d’électricité pour qu’enfin, à l’épisode 16, on retrouve notre bon vieil Agent Coop. Mais j’anticipe, tout cela est « le Chant de la perle » de David Lynch.

Pourquoi le gnosticisme ?
Ce courant religieux, cosmogonique, philosophique et éthique recoupe un faisceau de mouvements (et/ou églises) à travers le temps et l’espace : de l’Arménie au Sud de la France, en passant par Constantinople et la Bulgarie, du 1e au 15e siècle (période de l’élimination des derniers Patarins), des Marcionites aux Cathares en passant par les Pauliciens et les Bogomiles.
Un socle commun lie tous ces mouvements. À savoir, d’abord, le dualisme : l’Esprit (le Bien) s’oppose à la matière (le Mal). Le véritable Dieu, le Père, le Premier Principe, est un esprit de pure lumière qui évolue ailleurs. Pour certains gnostiques (Valentin), dans le Plérôme (l’Ailleurs spirituel où vivent Dieu, les Éons, les anges). En revanche, le Diable (ou Démiurge) évolue sur Terre qu’il a créée. Or, l’homme a cette particularité, pour son malheur, d’être constitué d’une âme spirituelle immortelle et d’un corps matériel périssable. Il est en quelque sorte l’expression de la dualité. C’est là sa tragédie.
À savoir, ensuite, que c’est le Diable (Satan, le Démiurge, Yahvé, Lucifer, quelque soit son nom) qui a créé le monde, l’univers matériel… et qui l’a peuplé en kidnappant des anges du Plérôme. Ainsi pour nombre de gnostiques, nous vivons littéralement en enfer. Quand on voit le sort des Cathares, par exemple, exterminés lors de la croisade des Albigeois, puis par l’Inquisition, on peut difficilement leur donner tort.
D’où, troisième point à retenir, tous ces mouvements ont mal fini. Soit le gnostique était obligé de se convertir à la religion dominante (catholique, orthodoxe ou musulmane), soit il était éliminé physiquement. En France, les exemples les plus atroces étant le sac de Béziers et l’extermination de sa population en juillet 1209, et le tristement célèbre bûcher de Montségur, la dernière citadelle cathare, en mars 1244.
Ce qui m’intéresse pour éclairer les points obscurs de la saison 3, outre leur croyance en la transmigration des âmes (métempsycose ou réincarnation), c’est aussi que chaque acte a une conséquence. D’une action bénéfique découle une conséquence bénéfique. Et, inversement, d’une action maléfique découle une conséquence maléfique. De même, si on peut être sauvé de sa situation d’ange emprisonné dans un corps matériel, on peut être corrompu et être irrémédiablement perdu. Les agents maléfiques ne sont pas tous des démons, mais des hommes corrompus. Car il se déroule une guerre cosmique entre le Bien et le Mal… et, force est de constater, que le Mal est en train de l’emporter.

J’en dirai plus dans le prochain article. À suivre…


 

Lecture conseillée pour une introduction aux mouvements gnostiques de l’Antiquité au Moyen-âge : Le manichéisme médiéval de Steven Runciman.
Pour le baroque, je renvoie à mon article : La mise en scène du monde dans le webzine Univers 4, à lire/télécharger gratuitement ici : http://outremonde.fr/univers-4-outremonde

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